Les usages de Second Life… et des autres Mondes Persistants

On lit pas mal de notes, notamment sur les blogs spécifiquement dédiés à Second Life, qui sont relativement critiques sur l’univers de Linden Lab, surtout depuis le départ de Cory Linden. Je partage les critiques de certaines, mais vraiment pas de toutes.

En préambule, je voudrais préciser que je suis ce que certains appellent un Plateformiste. Je ne connais pas l’origine de cette appellation, mais pour faire simple, c’est une personne ou une entreprise qui gagne sa vie en travaillant avec (ou dans) les Mondes Virtuels. Ne vous inquiétez pas, cela ne fait pas de moi quelqu’un d’infréquentable, mais il semblerait que cela sous-entende un certain parti pris, comme si j’étais aveuglément acquis à la cause. Je vais donc vous éclairer un peu sur ma position et mon « parti pris ».

Pour tous ceux qui douteraient de mon enthousiasme et de ma confiance dans la capacité des mondes virtuels à nous apporter une véritable valeur ajoutée, que ce soit pour nos usages privés ou au sein de nos entreprises, je tiens à confirmer que cet enthousiasme est intact !

Je ne dis pas cela, par simple principe de positivisme aveugle, mais plutôt par analyse pragmatique de l’ensemble des expérimentations ou des projets que nous avons mené et que nous continuons à mener dans Second Life (principalement en matière d’e-Commerce et d’e-Learning) mais aussi sur quelques autres mondes qui nous semblent intéressants.

Je vais même aborder le sujet des usages par un angle très business et chiffré, en 3 exemples :

1- e-Learning
Nous allons réaliser, en 2008, 30% des formations des 2400 salariés d’une grande entreprise, dans Second Life. Notre client poursuit 4 objectifs : réduire les émissions de CO2 liées aux déplacements à des fins de formation, réduire l’inconfort et le stress de collaborateurs peu habitués à voyager, réduire le coût des déplacements liés à la Formation et permettre aux collaborateurs de s’approprier les Mondes Virtuels pour les utiliser au mieux sur d’autres usages. Il atteindra ces 4 objectifs.
Puisqu’on parle de retour sur investissement, nous n’avons pas réussi à chiffrer les économies de CO2 que cela engendrera, mais nous savons que l’entreprise économisera entre 150 000 et 200 000 euros par an sur les déplacements.

2- e-Commerce
Il y a peu de comptes actifs dans Second Life, mais il y en a quand même 1 500 000 environ au niveau mondial. Cela commence à faire une belle « zone de chalandise » ! Si l’on ramène le tout au niveau français, les chiffres qui circulent parlent d’un peu moins de 100 000 résidents actifs. Je vais être plus prudent en avançant 50 000 résidents actifs, pour être sûr de ne pas « survendre ». Ces résidents ont en moyenne 34 ans et disposent – toujours en moyenne – de revenus les classant dans les CSP+. Ce n’est donc pas très excitant lorsque l’on compare ces chiffres au potentiel du e-Commerce sur le web, mais cela laisse quand même un marché-cible équivalent à une petite ville de province qui ne serait habitée que par des personnes à forts revenus. C’est surement assez pour investir dans un « magasin » lorsqu’on s’appelle Orange, Auchan ou LG…
Bien-sûr, ces 50 000 résidents ne vont pas se jeter sur vos produits juste parce qu’ils sont en vente. Vous allez devoir leur apporter quelque chose de plus, sur le prix, le niveau de service, la qualité de votre accueil… tout simplement pour qu’ils aient un intérêt à venir acheter chez vous, et non sur le Web ou ailleurs.
Au passage, pensez-vous qu’un magasin dans la vraie vie, qui soit difficile d’accès, qui vende des produits lambda à un prix courant et où l’accueil soit froid et peu qualitatif, puisse se développer ? Pas plus que dans Second Life.

3- e-Recrutement
La Marine Nationale a présenté ses métiers dans Second Life, pendant une escale qui a duré 5 jours. Il y a eu 1400 entretiens qualifiés (c’est à dire de personnes intéressées par les carrières possibles dans la Marine et ayant ouvert un dialogue avec l’un des recruteurs). C’est bien plus que le nombre de contacts qualifiés recueillis par cette même Marine Nationale lors du salon de l’éducation qui s’est tenu à Paris la semaine précédente. Le coût de l’ensemble de l’opération a lui été sans commune mesure, surtout si on intègre à chacun des dispositifs les équipes qui ont assuré une permanence… le salon dans la vraie vie ayant couté au final beaucoup plus cher.
Ramené à un coût du contact qualifié, l’opération de la Marine Nationale dans Second Life dispose sans aucun doute d’un bien meilleur Retour sur Investissement.

Bien sûr, mon approche est très tournée vers le business et les entreprises, pour deux raisons :
– C’est le métier de Immersive Lab, société que j’ai co-fondé avec David Castéra et ce sont nos activités qui nous amènent le plus d’informations à analyser (je serais très heureux que Linden Lab soit un peu plus communicant sur le sujet).
– Je crois sincèrement que ce sont les entreprises qui sont le mieux placées pour créer « massivement » de la valeur pour les résidents. Cela ne veut pas dire que je ne crois pas en l’initiative individuelle sur ce point, bien au contraire. Il est simplement évident que nous sommes sur une plateforme technologique où la maturité est en devenir donc qu’il faut de gros investissements (que ce soit du temps ou de l’argent) pour arriver à faire des applications à forte valeur ajoutée et qu’un individu ou un groupe de « bénévoles » ne peuvent que difficilement faire autant de sacrifices.

Je pense que si les entreprises produisent (ou encouragent, comme avec le concours du Crédit Agricole Pyrénées Gascogne, qui a financé 3 idées innovantes et intéressantes) des projets utiles pour les résidents, l’activité du metavers augmentera rapidement d’elle-même, impulsant fortement dans la même mouvance, les projets à caractère non commerciaux.

Maintenant, et bien au-delà de Second Life, nous explorons aussi d’autres Mondes Virtuels, car je ne crois pas que nous ayons encore identifié la majeure partie de ce qu’il sera possible de faire dans ce domaine et à quel point cela devrait impacter notre vie personnelle comme professionnelle…

Nous avons, par exemple, élaboré une solution de Team Building basée sur World of Warcraft pour Stonfield Team Services.

David et moi venons également de confier à un groupe d’étude, composé de 5 personnes, la mission d’expérimenter de nouvelles plateformes sous l’angle des usages pour les entreprises…

Le meilleur reste encore à venir et à inventer, avec une approche qui est le même que dans tous les secteurs innovants : Imaginer, se projeter, chercher du sens, expérimenter, mesurer, rendre réaliste et enfin… offrir à la communauté et au marché.

J’aurais sans doute du appeler cette note : Pourquoi est-ce que je crois en l’extraordinaire potentiel des Mondes Persistants ?

Allez, je vous laisse… J’ai une vente de Grands Crus du Bordelais à préparer. Elle aura lieu dans Second Life demain soir, en présence d’un oenologue pour expliquer l’histoire de ces vignobles, de ces vins et des Hommes qui les élèvent. Elle mettra à la disposition des résidents des grands vins à des tarifs préférentiels (c’est à dire à -40% environ). Cette vente – cette opération d’e-Commerce – est réservée aux collaborateurs d’une grande entreprise… et je suis sûr que ces acheteurs et passionnés de vins trouveront là un intérêt réel, direct et indiscutable à un monde virtuel comme Second Life 😉

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Post Author: La Team Immersive Lab

3 thoughts on “Les usages de Second Life… et des autres Mondes Persistants

    Jean PHILIPPE

    (22/12/2007 - 9 h 58 min)

    Belle analyse que je partage. Il reste encore à ce que quelque chose se déclenche : le passage dans les esprits, dans la pratique, du jeu aux utilités. Tu décris bien ces utilités… mais elles ne sont pas suffisamment expérimentées par les résidents pour s’imposer… Un peu comme si Orange,Auchan ou LG avaient étbali leur boutique dans cette fameuse ville de 50.000 habitants peuplée de CSP+ dont tu nous parles, mais que personne n’y venait ! Peut-être ces boutiques pleines d’intérêts sont-elles au 8° étage sans ascenseur d’une ruelle à l’accès incommode dans un quartier plus réputé pour ses boites et ses casinos que pour ses commerces ?

    pigeon voyageur

    (29/12/2007 - 16 h 03 min)

    bonjour,

    L’analyse est intéressante. Je suis pour ma part certain qu’une présence « française » plus importante permettrait aux usagers potentiels de second life d’y trouver leur compte. Pour l’instant, cette interface n’attire pas le chaland faute de simplicité d’usage. La barrière de la langue est bel est bien une réalité qui n’a rien de virtuel.
    Mais en faisant oeuvre de pédagogie et en démontrant l’intérêt, notamment écologique, ce monde virtuel pourrait à l’avenir démontrer qu’il est source de valeur ajoutée par rapport aux classiques sites internet. Les générations nourries à la console et au net vont grandir et consommeront ces mondes qui finalemnt sont attractifs parce que ludique (en plus du reste!)

    Pierre-Olivier

    (11/01/2008 - 11 h 33 min)

    Je crois sincèrement que le temps travaille ce sujet dans le bon sens.

    Le buzz est calmé, on ne parle presque plus que des usages, la plateforme s’améliore rapidement… 50 000 users français, c’est une bonne base pour commencer à travailler, même si je reste persuadé que la croissance viendra des collaborateurs dans les entreprises !

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